Petit Kangourou

par Sylvain Halgand

English version

 

1ère partie "Adelaïde" 
19 juillet 1916
26 juillet 1916
30 juillet 1916
9 août 1916
14 août 1916
20 août 1916
15 septembre 1916

2ème partie "En mer"
23 octobre 1916
26 octobre 1916
2 novembre 1916
7 novembre 1916
14 novembre 1916
2 décembre 1916

3ème partie "En Angleterre"
28 décembre 1916
16 février 1917
Printemps 1917
24 juin 1917
15 juillet 1917
9 mars 1918
24 avril 1918 (inachevée)

Troisième partie


Carte 3*



A Devonport, 28 décembre 1916

Chers parents,


Aujourd'hui,  nous sommes ENFIN arrivés en Angleterre. Nous avons débarqué à Devonport, qui est un quartier portuaire de Plymouth. C'est au sud-ouest du pays, assez loin de la capitale, là où il ressemble à une trompe d'éléphant.
Avant-hier, nous avons aperçu au loin les côtes françaises. Le temps était très mauvais, c'est l'hiver ici, et nous n'avons pas pris le temps d'observer l'horizon. Nous aurons bien assez le temps de voir la France. Nos manteaux en laine étaient  indispensables, mais comme ils restent longtemps humides et poisseux à cause des embruns, nous sommes allés sur le pont du Port Melbourne le moins de temps possible.

Il y a plus de deux mois que nous sommes partis d'Adelaïde et même s'il fait très froid ici (j'ai vu pour la première fois des flocons de neige), c'est un grand soulagement de toucher terre.

tamar RiverNous avons remonté un peu la rivière Tamar. A notre droite, nous pouvions voir le Mont Wise et le fort qui le domine. C'est un grand port militaire avec plein de bateaux. Il y avait même des vieux bateaux servant de pontons. J'en ai vu un très vieux ; on m'a dit qu'il a été lancé en 1821, plus vieux que notre Australie du Sud !

HMS Indus

Devonport

Devonport

En mettant le pied à terre, j'ai eu un petit malaise. Je n'étais pas le seul à ressentir cela. C'est comme si la terre tanguait.


Je me dépêche de poster cette carte de noël (et les précédentes lettres écrites depuis Durban) car nous allons être transportés par train jusqu'à un camp d'entrainement situé à environ 125 miles. Le voyage devrait durer 6 heures. Nous y serons pour fêter la fin de cette année, et la nouvelle.

 

Chers parents, je vous souhaite un bon Noël et une bonne année 1917.

Stribling



Les faits :



A partir de juin 1916, les troupes australiennes ne sont plus entrainées en Egypte, mais en Angleterre. En fonction de la Division d'appartenance, les nouvelles recrues étaient envoyées vers un des camps d'entrainement, autour de la ville de Salisbury. Ce lieu est choisi car il est bien desservi par le rail, et la liaison avec les ports est facile, tant à l'arrivée d'Australie qu'au départ vers la France.

Les blessés qui sont rapatriés de France sont soignés dans des hopitaux anglais éparpillés sur tout le territoire. A leur sortie, ils sont dirigés vers un des quatre dépôts de commandement. En effet, ils ne peuvent retourner dans leurs familles. Il leur faut donc un lieu de convalescence, puis de reprise de l'entraînement, avant le retour vers les combats. Le délai maximum pour les renvoyer vers le front était de trois mois à partir de la sortie de l'hôpital. Ces camps se trouvaient dans le Wiltshire et le Dorset.
Si ces camps ont aujourd'hui disparu, ils subsistent de nombreuses traces du passage des Australiens, dont malheureusement, les tombes des soldats morts de leurs blessures ou de maladie.

Camp

Nous reviendrons plus longuement sur les camps d'entraïnement lorsque Arthur y arrivera.


 

 



Codford, 16 février 1917

Chers parents,



Notre camp d’entraînement se trouve à Codford dans le sud de l’Angleterre. Il y fait froid, comme jamais chez nous. Quand, il ne fait pas froid, il pleut. Il y a même des jours où il fait froid et il pleut en même temps. Il y a beaucoup de malades à cause du temps.

Je suis momentanément dans le 13ème bataillon d’entraînement, le temps de faire ces classes. Certains matins, il y a une inspection de nos baraquements. Ceux-ci doivent être maintenus propres et ordonnés. L’armée est très exigeante sur l’ordre et la propreté.

Certains jours nous apprenons à défiler en bon ordre. Nous, les Australiens, avons la réputation de ne pas être très disciplinés.


D’autres jours, nous faisons des exercices tactiques du coté du château de Yarnbury. On dit château, mais c’est une colline fortifiée qui date de l’âge de fer, on ne voit plus que la trace des remparts en terre.

 

Les exercices se déroulent sur des terrains de manœuvre, mais aussi dans des hangars quand le temps est vraiment mauvais.

 

 

 

 

Nous avons des exercices de mobilisation. Sans être prévenu auparavant, nous devons nous présenter prêts à embarquer tous dans le train le plus rapidement possible.

 

Au moins une fois par semaine, nous faisons une longue marche avec l’équipement. Cette semaine, le départ était à 9 :30 du mess des officiers, puis nous sommes passés par Fisherton de la Mere, Wylie, Bapton, Stockton, Stockton Park et avant le retour dans nos campements respectifs. Cette marche faisait 6 miles. Quand nous aurons plus d’entrainement, cette distance sera allongée.

 

 

 

 






 




Votre Clifford.

Stribling

 

 


Les faits :



Le camp de Codford permettait la préparation des recrues arrivant en Europe, mais aussi la reprise de l’entrainement des blessés.  A leur sortie de l’hôpital et avant de pouvoir être renvoyer au combat, ceux-ci suivaient un entraînement progressif, à l’issue duquel ils rejoignaient le front ou au contraire étaient cantonnés à des tâches compatibles avec les conséquences de leurs blessures. Certains étaient définitivement renvoyés à la maison.

Les conditions de vie au camp sont souvent décrites comme difficiles, mais le climat, bien loin de celui d l’Australie, est le premier responsable de ce ressenti.

Le camp se trouve à l’écart du village, près de la rivière. Une voie de chemin de fer le traverse.

Codford est un tout petit village qui ne présente guère d’attraits pour les soldats. C’est principalement au sein du camp qu’ils passent leur temps libre, en attendant une permission qui leur permettra d’aller visiter Londres.

 



Les soldats de l'ANZAC stationnés à Codford pendant la Première Guerre mondiale ont laissé une impression durable sur le village, notamment à travers l'insigne géant de l'armée sculpté sur la colline au-dessus de Foxhole Bottom. Le cimetière ANZAC de Codford est le deuxième plus grand du genre au Royaume-Uni.






 



Codford, Printemps 1917 (Important : ceci est la seule vraie lettre d'Arthur Clifford Stribling qui soit arrivée jusqu'à nous)



Dear Charle                                                                                                                                      Codford
This is out the back of Codford. It is not a big river by any means, a bit bigger than the Gilbert.  I don’t suppose that it would be so big in the summer. It runs just close below our camp right through Wylye.  There is a flat for nearly ¼ mile on each side of stream which they seem to grow anything when not too wet.

Yours Cliff

Cher Charle                                                                                                                                      Codford

C'est à l'arrière de Codford. Ce n'est pas une grande rivière, un peu plus grande que la Gilbert*. Je ne pense pas qu’elle sera aussi large en été. Elle coule juste en dessous de notre camp vers la Wylye. De chaque côté du cours d’eau, sur près de ¼ de mile, il y a une prairie où il semble pousser quelque chose quand elle n’est pas inondée.
Ton Cliff


* La rivière Gilbert traverse Tarlee et coule le long de la ferme de la famille Stribling. 

 



Codford, 24 juin 1917

Cher Charle,


Je t’écris à toi seul afin que les parents ne s’inquiètent pas inutilement. Ne leur fait pas lire cette lettre, raconte-leur des choses positives.


Depuis que je suis arrivé en Angleterre, j’accumule les jours passés à l’hôpital. J’y suis allé du 18 février au 30 mars, puis du 20 au 30 mai. Nous sommes nombreux à avoir le même problème. Les docteurs l’appellent le STA ce qui veut dire Septic Traumatic Abrasions. C’est une maladie des pieds due au fait qu’on reste trop longtemps dans les mêmes chaussures, humides et froides. L’hiver et le printemps européens sont impitoyables pour nos pieds australiens. On nous donne régulièrement de nouvelles paires de chaussettes en provenance de tout le pays, où elles sont tricotées par des bonnes dames ou des écolières.


J’ai été dans un hôpital à Sutton Veny.  J’y ai été très bien soigné, et mes pieds qui étaient très abimés et douloureux sont réparés. J’ai toujours un peu mal, mais la douleur va rapidement s’estompé d’après le docteur qui est venu me voir.  Les nurses étaient très intentionnées, cela fait du bien de voir de doux sourires féminins.

 

Pendant la convalescence, j’avais le droit de me promener dans le camp et le village, mais les pieds douloureux me freinaient un peu. Les pubs du village s’appellent The Wool Pack and The Bell.



Il y a aussi  le YMCA qui est installé à Greenhill House.
« Situé au milieu des plus grands dépôts d'entraînement et de convalescence de la force impériale australienne en Grande-Bretagne, ce manoir, contenant plus de 50 chambres et de vastes pelouses et terrains, offre des possibilités idéales de repos et de récupération pour les troupes fatiguées par la guerre. Il appartient au YMCA australien et offre un accueil familial aux officiers, aux sous-officiers et aux hommes." 

Demain, nous allons partir par le train, vers un port, pour embarquer vers la France. Les choses sérieuses commencent ! 

Ton frère Cliff.

Stribling

 

 


Les faits :


Le « Pied de tranchée » (« Trench foot », en anglais et Septique Traumatic Abrasions) est le nom donné à une maladie ulcéro-nécrotique qui s'est fait connaître quand elle s'est répandue dans les tranchées durant la Première Guerre mondiale.

Cette maladie est probablement due à l'association de plusieurs pathogènes et aux difficiles conditions de vie des soldats. Son premier stade, ulcéreux, semble être causé par une exposition prolongée des pieds à l'humidité, l'insalubrité et au froid.

Caractéristiques

Les pieds infectés peuvent devenir insensibles. Une érythrose (le pied devient rouge) ou une cyanose (bleuissement) comptent parmi les symptômes. Elles sont induites par un apport vasculaire appauvri. Une odeur de décomposition peut suivre, liée aux premiers stades de la nécrose. Sans traitement, l'état s'aggrave encore, avec un gonflement des pieds. L'infection avancée conduit à des abcès et plaies ouvertes, et en général à des infections fongiques, qu'on qualifie parfois d'ulcère tropical (moisissures de la jungle). Si le pied malade n'est pas rapidement traité, la gangrène s'y installe, ce qui peut entraîner la nécessité d'une amputation et parfois la mort s'il y a septicémie. Si le pied des tranchées est traité correctement et dès le début, le rétablissement complet est normal, accompagné d'une douleur, quand le système nerveux se remet à fonctionner normalement.

Comme pour les autres blessures liées au froid et à ce type d'infection, des récidives sont possibles ou plus fréquentes chez ceux qui ont déjà été victimes.

Causes

On suppose que le Pied de tranchées était favorisé par les situations où le pied était longtemps froid et humide, chez des personnes obligées de porter des chaussures serrées. Contrairement aux gelures, le pied des tranchées apparait sans situation de gel, jusqu'à 16 °C (60 ° Fahrenheit) au moins.

Prévention

Le Pied de tranchées peut être facilement évité en gardant les pieds au chaud et au sec, et en changeant fréquemment de chaussettes si les pieds ne peuvent être gardés au sec. Les soldats, dans leurs courriers à leur famille, réclamaient souvent plus de chaussettes, pour aider à prévenir des problèmes tels que le pied des tranchées.

Durant la Première Guerre mondiale, les armées fournissaient de la graisse de baleine qui servait à imperméabiliser les cuirs et à appliquer sur les pieds, afin de réduire la prévalence de cette pathologie, l'idée étant de rendre les pieds imperméables à l'eau. Il a été cependant constaté que ce traitement aggravait la transpiration des pieds, qui alors s'humidifiaient plus encore. On a également découvert qu'une mesure préventive clé était l'inspection régulière des pieds par les officiers.

La Croix Rouge et autres bonnes œuvres lançaient régulièrement des appels aux tricoteuses. Même les écoles étaient mises à contribution. Un petit fascicule « The Grey Sock » expliquait quoi et comment tricoter.




 

15 juillet 1917, Ploegsteert Wood, Belgique

Chers Parents,


Nous avons embarqué le 25 juin à Southampton pour une traversée de la Manche de nuit, afin d’éviter les attaques de sous-marins allemands. Le bateau, dont j’ignore le nom, était peint de couleurs très étranges.

En débarquant dans le port du Havre, je crois avoir vu des soldats américains, je ne savais pas qu’il y en avait en France. J’ai aussi vu des prisonniers allemands qui descendaient des chevaux d’un bateau ; c’était la première fois que je voyais « l’Ennemi ».  Un peu plus loin, une grosse grue déchargeait des locomotives anglaises d’un autre bateau.

Après le port, nous avons marché jusqu’à Harfleur, à quelques kilomètres, où se trouve un énorme camp pour nous les Australiens, les Anglais, les Canadiens.
Il y a aussi un hôpital pour soigner ceux qui reviennent du front. Pas très loin, il y a une usine qui fabrique des canons.



J’étais au 4th Australian Division Base Depot. L’ambiance n’était pas du tout la même qu’en Angleterre, on sentait plus de tension, bien que le front soit encore loin.

Je suis resté dans ce camp pendant 4 jours. Nous avons eu des exercices de marche et des examens médicaux pour que les officiers soient sûrs de notre aptitude au combat. Ensuite, nous avons pris le train vers le nord de la France.



Le voyage a été long, avec de nombreux arrêts. Nous sommes passés par Amiens, puis près d’XXXX.  Cette ville est complètement détruite, elle est très proche du front. Nous avons dû faire de nombreux détours car parfois la ligne principale se retrouve du côté allemand. Nous nous sommes aussi arrêtés pour laisser passer des convois d’armement.



Nous sommes arrivés à XXX Wood, près de XXX, en XXXXX.

J’ai rejoint mon bataillon, et je suis désormais « Taken on Strength » (compté aux effectifs).

 

Je vous sers contre mon cœur.

Stribling


Les faits :


Dès 1914, le gouvernement fédéral australien met en place la War Precautions Act, qui instaure la censure. Celle-ci, sur le modèle britannique, est administrée par l’Armée Australienne. Elle va se renforcer au fur et à mesure que la guerre durera.

Son activité principale consistait à ouvrir et à lire à la volée des lettres, y compris celles envoyées par le front militaire, et le courrier local échangé entre civils. Toute information jugée compromettante - par exemple, les détails des emplacements militaires – était supprimée. La censure postale a également fourni aux organismes de renseignement une liste de personnes à surveiller activement.

Les lettres des soldats étaient donc caviardées ; c’est ce qui arrive à celle de Clifford. Les soldats apprirent à ne pas donner de détails sur leurs déplacements, ni sur ce qu’ils vivaient vraiment au front.

Clifford rejoint le 50ème bataillon, le 15 juillet 1917, à Ploegsteert Wood, près de Messines (Belgique), sous le saillant d’Ypres.


9 mars 1918, Kemmel Shelters, Belgique



Chers Parents,


REL/01173Demain, je pars en permission en Angleterre, pour 14 jours. J’ai été soigné à l’hôpital, pour mes pieds (encore !), mais maintenant je suis pleinement guéri, ne vous inquiétez pas. Je suis resté à l’hôpital du 19 janvier au 9 février. C’était un grand changement après les mois passés. Je ne peux pas vous raconter où je suis allé, seulement vous dire sans plus de précision que c’était en France et en Belgique.


Les journaux de chez nous doivent raconter ce qui s’est passé pendant ces mois et en particulier les combats autour d’Ypres.

 



 




Aujourd’hui, un concert a été donné par le YMCA, et c’était très divertissant.

 

Je vous embrasse tous

 

Stribling

 


Les faits :


Les soldats ne pouvaient raconter eux-mêmes, dans leur courrier, les batailles auxquelles ils participaient et encore moins faire part des conditions de combat. Les lettres des soldats offrent donc une vision erronée des faits d’armes.
Les journaux de marche des corps militaires, quant à eux, proposent un récit froid, déshumanisé, où les pertes ne sont que des chiffres. Seuls les journaux personnels des combattants permettent de mieux comprendre l’horreur de ces moments. Dans le cas d’Arthur, nous n’avons pas trace d’un tel journal.
On imagine qu’il s’est limité à des récits très édulcorés, à la fois pour éviter la censure, mais aussi pour ne pas alarmer sa famille. 

Le journal de marche du 50ème bataillon d’infanterie permet d’établir la chronologie qui suit.  Il faut imaginer Arthur parmi les anonymes de ce récit :

Aout 1917 :

Le bataillon se déplace de Steenwerck au Mont Kemmel, où les hommes participent à des travaux de consolidation des défenses. Le 17, le bataillon doit remplacer le 12ème, mais les ordres sont annulés et c’est une brigade néo-zélandaise qui est finalement remplacée. Le 21, le bataillon part pour Neuve Eglise (camp Aldershot), puis Ploegsteert Wood.
Le 22, départ à 20 :30 pour la ligne de front, afin de compléter des forces NZ (Nouvelle-Zélande). Il y a un tué et trois blessés. L’artillerie australienne pilonne doucement, mais en continu, les lignes ennemies. Des avions hostiles survolent les lignes alliées.
Le 24, l’artillerie alliée est inhabituellement active. Les avions alliés survolent en continu les lignes allemandes. Il y a de nombreux tirs de mitrailleuses anti-aériennes contre eux. Des patrouilles alliées parcourent la première ligne et observent l’ennemi. Le 26, il y a un raid ennemi par la gauche, qui est repoussé.
Etc …. Chaque jour, l’officier raconte froidement ce que le 50ème a vécu :



Si les rapports sont rédigés à la main, les ordres qui les accompagnent sont tapés à la machine à écrire :


Le rapport du mois du mois d’aout se termine par un décompte des pertes. Le bataillon s’est déplacé dans un rayon de moins de 10 kilomètres.

Septembre 1917 :

Le 1er, le bataillon part pour Neuve Eglise, où (d’après ce que je comprends) les hommes peuvent prendre un bain. Ils embarquent ensuite dans des bus qui vont les mener à La Bréarde, près d’Hazebrouck.
Le 2, ils complètent et nettoient leur équipement, et défilent.
Le 4, ils partent vers Lugy. Ils vont y rester jusqu’au 20 à s’entrainer.
Le 20, ils reviennent à Ploegsteert wood.
Le 21, ils partent en bus à 2 miles à l’ouest d’Ypres, où ils restent jusqu’au 24, avant de relever le 52ème bataillon, à WestHoek Ridge.
Du 26 au 27, le bataillon participe à une attaque, avant d’être relevé et de retourner en seconde ligne pour participer à des travaux de voirie.
Le 30, le bataillon part pour le camp Halifax près de Dickebusch.



Octobre 1917 :

Le 1er, le bataillon se déplace à Steenvoorde (Est). Des renforts sont affectés au bataillon qui réorganise ses hommes dans les sections. Les hommes dorment dans les fermes. Ils s’entrainent jusqu’au 10. Ce jour-là, ils marchent vers Abeele, puis Ypres. Ils retournent au front le 11.  L’état-major s’établit à la ferme De Knoet à Broodseinde. La météo n’est pas clémente (octobre en Belgique !) et le terrain est très boueux. Le 12, les Australiens attaquent la ligne allemande avec succès (sans qu’on sache par le journal de marche en quoi consiste le succès).
Les allemands bombardent pendant plusieurs jours, le temps est mauvais et le terrain de plus en plus lourd. Il y a beaucoup de sorties d’avions allemands. Le 19, la relève est là. Cette bataille a tué ou blessé 2 officiers et 141 hommes du rang. 29 hommes sont malades.
Le 21, le bataillon marche pour le Camp Cornwall, près de Ouderdom. Le camp est bombardé par des avions. Le 22, c’est jour de bain et d’inspection des équipements.
Le 25, c’est le retour à Lugy, pour alterner entrainements et moments de repos. Des ballons de football sont achetés « for boys ».

 

 

 


Ypres le 31 octobre 1917…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Novembre 1917 :

Le mois commence par 13 jours d’entrainement à Lugy. Le reste du mois, le bataillon va se déplacer très souvent, tout en poursuivant un entrainement individuel et collectif. A la fin du mois, il se trouve à Méneslies pour un peu de repos et de sport. Trois officiers et 53 hommes rejoignent le bataillon.





Décembre 1917 :

Le 4, des ordres annoncent qu’il faut se tenir à se déplacer sous peu. Le journal de marche, comme plusieurs fois auparavant, mentionne que la compagnie D n’est pas avec le gros du bataillon, mais du côté de Senlis. Il n’y pas d’explication sur les raisons de cette séparation. Les ordres sont pour toutes les compagnies, sauf la D, de rejoindre Péronne. Le bataillon y fait un bref passage, avant d’aller à Etricourt, le 7. La compagnie D rejoint le reste du bataillon. Les hommes dorment à un mile au nord d’Etricourt. Des murets en terre sont construits autour des tentes pour les protéger contre les effets horizontaux des bombes lancés depuis les avions. Le 9, le bataillon se déplace de 9 miles, à Templeux-la-Fosse. Jusqu’au 19, le bataillon s’entraine et doit être en mesure de décamper en une heure.



Le 19, la troupe se déplace à Moislains, à seulement 4 miles. Des cabanes remplacent les tentes, alors que le temps est froid et humide.
Le 25, un bon repas de noël est servi à tous les hommes ; des extras ont été achetés à la cantine de la Brigade et à Amiens. De l’argent rassemblé par la « League of Loyal Women » permet d’améliorer le confort des hommes.
Le 31, certains hommes partent en permission en Grande-Bretagne, alors que les autres continuent à s’entrainer. Au cours du mois, des exercices de grande ampleur ont lieu, simulant des attaques et des contre-attaques, suivant les scénarii établis par l’état-major.





Janvier 1918 :

Le 1er est jour de repos pour tous. Le Général rend une visite aux hommes.
Les premiers jours de l’année sont consacrés à l’entrainement et à des travaux d’entretien des routes. Le 6, les officiers commandants sont réunis à l’état-major de la Brigade. Le 7 et le 8, une tempête de neige empêche l’application des ordres.
Le 9, le bataillon quitte Moislains sous la neige, pour Péronne. On y apprend que le commandant de la zone a apprécié que le camp ait été laissé dans un état de propreté exceptionnelle. Arrivé à Bailleul, le YMCA sert du cacao à tout le bataillon. Le bataillon est ensuite hébergé à Strazeele. A l’arrivée, il y a une inspection des pieds. Les cantonnements attribués aux hommes sont très sales. Le 11, un nettoyage général est organisé. Le 12, le bataillon se déplace à Elzenwalle, au Camp Tournai. Encore une fois, le camp est très sale à l’arrivée et doit être nettoyé le 13, ce qui une fois fait le rend très confortable pour les hommes. Dans la nuit du 13 au 14, il y a des fortes chutes de neige qui limitent les sorties de reconnaissance au minimum. Les autres hommes travaillent à protéger les baraquements avec des murs de terre. Les conditions météo empirent. Les chutes de neige succèdent aux fortes pluies. Le sol est complètement détrempé. A tour de rôle, les hommes ont le droit à un bain chaud. Le 18, le commandant du bataillon part en permission en Grande-Bretagne.

 



24 avril 1918, Blangy-Tronville, Somme, France

Chers Parents,


Je pense que vous avez reçu la lettre que j’ai envoyé depuis l’Angleterre lors de ma permission.  J’ai rejoint mon unité le 2 avril dernier. Après deux semaines de repos, de draps propres et de douches chaudes, sans bruit d’obus, sans passage d’avion, c’était difficile de retrouver le rythme habituel en France.
Depuis mon retour, nous avons traversé beaucoup de villages de la vallée de l’Ancre et de la Somme. Le front et l’ennemi sont rarement loin.
Je suis dans un petit village sur la rive sud de la Somme.

(Lettre inachevée)


Les faits :


Traduit par votre serviteur depuis le journal de marche du 50ème bataillon d’infanterie.



 



Officiers du 50th Battalion (Locre, 7 mars 1918)

De gauche à droite, à l'arrière : Lieutenant (Lt) William Leslie Scarborough;  Lt Alexander Mills, DCM;  Lt Frederick Balfour McBryde; Lt Matthew Mackay McGregor (mort de ses blessures, le 3 mai 1918 en France); Lt Frederick William Wakelin, Croix de Guerre; Lt John David Lockley Craven; Lt William Vernon West; Lt Ralph Elsmere Claridge; Lt Frederick Taylor Goodes;  Lt William Rignold Wills.

Rang du milieu : Lt John Leslie Waldron, MM; Lt Walter James Hale; Lt Gordon Stanley Irwin Queale; Lt Charles Angas Willcox; Lt John Hunt; Lt Leslie Elliott Harding, MC;  Lt Cleveland George Edwards; Lt James Norman Loudon, MC and bar; Lt Joseph Waine, MC; Lt William Stewart McKay tué au combat le24 Avril 1918 en France); Lt John Holroyd Hill, MC; Lt Percy Edward Nuttall, MC.

A l’avant : Temporary Captain (Capt) Raymond George Goodman; Capt William Russell De La Poer Beresford, MC; Capt Frank Herbert Hancock (tué au combat 24 Avril 1918 in France); Major William Murray Fowler, MC; Lieutenant Colonel Alfred George Salisbury, CMG, DSO and bar, Croix de Chevalier; Lt Lancelot Beck Smith, MC; Capt Randall Lance Rhodes, MC; Lt Henry Kay (tué au combat 24 Avril 1918 in France); and Lt Herbert William Carlton, MC and bar.

 

MC : La croix militaire (Military Cross ou MC) est la troisième plus haute décoration militaire décernée aux officiers des forces terrestres du Commonwealth. (source wikipedia)

MM : La Médaille militaire est une décoration militaire créée le 25 mars 1916 par le roi George V. Elle est décernée aux adjudants, aux sous-officiers et aux hommes et femmes de l'armée britannique et des autres forces armées du Commonwealth en reconnaissance d'un ou de plusieurs actes de bravoure, sur la recommandation d'un commandant en chef en campagne ("acts of gallantry and devotion to duty under fire").
Elle peut être attribuée deux fois - MM and bar - voire plus, exceptionnellement. (source wikipedia)

DSO : L'ordre du Service distingué (Distinguished Service Order ou DSO en abrégé), récompense militaire britannique, a été créée par la reine Victoria le 9 novembre 1886 en reconnaissance de services méritoires ou distingués individuels en temps de guerre.
C'est un ordre militaire qui ne comprend qu'un seul grade, celui de compagnon (Companion), auquel seuls les officiers supérieurs sont admissibles, généralement à partir du grade de lieutenant-colonel.
Pour tous les grades inférieurs à celui de commandant (major), la Military Cross est accordée, et le DSO n'est attribué que pour une bravoure exceptionnelle, juste en deçà de celle qui justifierait la Croix de Victoria. Il n'est attribué depuis le 1er janvier 1917 que pour bravoure sous le feu ennemi. (source wikipedia)

 



 

Le 28 mars, le bataillon reste à Contay. Il y a des averses.

Le 29 mars, l’artillerie australienne est active toute la journée, et un peu moins durant la soirée. Les avions alliés sont très présents au-dessus des positions ennemies, contrairement aux avions allemands.

Le 30 mars, le 51ème bataillon prend le relais sur la ligne de front de Buire à Dernancourt, alors que le 50ème prend la place du 52ème.

Le 31 mars, la situation est plus calme. L’artillerie australienne tire sur Merlancourt, Dernancourt et Ville s/ Ancre.

1er avril
L’artillerie et l’aviation ennemies sont actives toute la journée. L’aérodrome de la D.16.C est bombardé. Une escadrille de 16 avions ennemis traverse nos lignes sans aller très loin.

2 avril
La compagnie C du bataillon remplace la compagnie B dans les tranchées à l’ouest de Lavieville. La B retourne à l’aérodrome. L’artillerie alliée est active sur Dernancourt et Morlancourt. Celle de l’ennemi ne l’est pas autant que d’habitude. 4 officiers et 36 hommes du rang réintègrent le bataillon après une permission en Grande-Bretagne. Ils ont été bloqués trop longtemps à Calais. (Arthur Clifford Stribling fait vraisemblablement partie de ces hommes)

Le 4 et 5 avril, malgré des bombardements constants, les positions et la vallée de Laviéville, Bresle à Ribemont ne sont pas abandonnées. Il pleut beaucoup, presque tout le temps.

Le 5 avril
Un tir direct touche un hangar occupé par la compagnie D vers 9 heures du matin, causant 52 victimes dont 9 morts. A 9 :30 sous la couverture de son artillerie lourde, l’ennemi attaque, de manière très déterminée, les positions avancées de la brigade. Lors d’une seconde vague d’assaut, il progresse de l’autre coté de Dernancourt.  La brigade doit reculer sur la gauche. Le flanc droit reste intact.  A 14 :35, le 50ème bataillon reçoit l’ordre d’occuper la ligne à Bresle Wood, puis à 15 :35 d’avancer sur la ligne Dernancourt -Laviéville. A 17 :15, le 49ème bataillon reçoit l’ordre de contre-attaquer. C’est une réussite, des mitrailleuses lourdes sont prises à l’ennemi.

6 avril
Le 50ème prend place entre le 52ème bataillon et le 51ème. Cette ligne part de « Buire Halte ».  Des patrouilles parcourent celle-ci et rapportent avoir entendu l’ennemi couper des arbres au sud de la rivière. L’état-major est à Quarry (impossible de comprend de quel village il s’agit). Querrieu semble un peu loin.

7 avril
Les compagnies du bataillon sont redistribuées sur la ligne. Des ordres arrivent annonçant la relève durant la nuit, par le 27ème.

8 avril
Le bataillon marche sur le sud de Lahoussoye. Il y arrive à 5 :30 du matin. Du thé bien chaud est servi à l’arrivée.  Le bataillon se repose jusqu’à 15 heures. Il fait froid et humide. Il n’y a pas d’abri. Le bataillon arrive à Corbie à 17 heures.  La compagnie C occupe des postes à Aubigny et à Fouilloy, ainsi que deux ponts sur la Somme. La compagnie D se positionne à l’est et au sud de Hamelet et sur un pont flottant sur la Somme.  Les compagnies A et B sont situées dans des caves du coté est de Corbie. Le 50ème bataillon couvre une ligne de 6000 yards.  On ne connaît pas la compagnie d’Arthur Clifford Stribling.

9 avril
Les compagnies permutent leurs positions. Les réserves passent de Bavelincourt à Daours.

10 avril
Le génie inspecte la ligne et demande que des défenses supplémentaires soient établies. Les travaux sont entrepris. Le Hamelet est lourdement bombardé. A l’arrivée à Corbie, les hommes sont en mauvais état. La livraison de 400 paires de chaussettes et deux jours à l’abri devraient considérablement améliorer leur condition.



11 avril
Le temps est plus chaud. Les avions ennemis sont très actifs et volent très bas au-dessus de Corbie. L’ennemi bombarde à proximité de l’église de Corbie, vers 21 heures 30.

12 avril
Le Général Birdwood visite la brigade. De nouvelles positions sont établies.

13 avril
Des bains sont installés pour les hommes dans une usine désertée. Un change complet est fourni à chaque homme. La 4ème armée avertit de la possibilité d’une attaque sur le front pour le lendemain.  A cette annonce, toutes les cuisines situées sur la rive sud de la rivière se déplacent sur la rive nord, puis à La Neuville.

14 avril
Des munitions sont distribuées en grand nombre dans les positions. Hamelet et les alentours sont bombardés à coup de shrapnels à intervalles réguliers toute la journée.

15 avril
Les préparatifs défensifs continuent. De nouveaux barbelés sont disposés.

16 avril
L’état-major rassemblent les commandants de bataillons. Des combats ont lieu à Vaire-sous-Corbie.

17 avril
La compagnie C relève la compagnie A à Aubigny.

18 avril
Un pont pour piétons est terminé près de Fouilly (Fouilloy)

19 avril
Journée tranquille. Faibles tirs d’artillerie sur Hamelet. Beau temps chaud.

20 avril
Artillerie ennemie très active.  Vaire, Hamelet, Fouilloy et Corbie sont bombardés régulièrement.  Un incendie démarre à Fouilloy, à cause d’obus incendiaires, 4 maisons sont détruites. L’aviation est très présente.

21 avril
L’artillerie allemande est particulièrement active. Corbie reçoit de gros obus à 14 heures. Des bombes sont lâchées près de Hamelet à 23 heures . Un avion rouge monoplace est abattu par un tir de mitrailleuse at J.19.b  (pas sûr de bien déchiffrer ce qui doit correspondre à une position sur une carte). Il s’agit sans doute de l’avion du Baron Rouge.



22 avril
Le bataillon se déplace de Corbie à Daours, à 11 heures du matin. Toute la troupe est cantonnée, soit à Daours soit à Vecquemont.

23 avril
Les compagnies sont réorganisées et un entraînement spécial au Lewis Gun est donné à tous les hommes. Ils doivent prendre la relève des bataillons de la 11ème brigade au nord de Sailly-le-Sec, le 25.

24 avril

A 3 heures 30, l’ennemi commence un énorme tir d’artillerie sur une ligne allant du nord d’Albert à Hangard. A 4 heures 10, le commandement ordonne au bataillon de se tenir prêt à avancer. Le bataillon est constitué de 39 officiers et de 762 hommes.  A 6 heures, arrivent des ordres de se tenir prêts à avancer dans les délais les plus brefs. A 11 heures 30 des instructions arrivent donnant l’ordre de se déplacer à Blangy-Tronville, où d’autres ordres arriveront. A 6 heures l’ennemi a commencé à tirer modérément sur Daours. A 10 heures, les compagnies sortent du village. Il y a 6 victimes. A midi, le bataillon marche avec 50 yards entre chaque section. Il arrive à Blangy-Tronville, à 13 heures 15. Des ordres arrivent pour que le bataillon bivouaque dans le bois de Blangy. Le bataillon est déployé en formation d’artillerie et attend là où il est.



Un adjudant part en reconnaissance. L’ennemi bombarde légèrement plusieurs localités entre Blangy Wood et Blangy-Tronville. Une route est sélectionnée pour éviter ces localités. De nouvelles reconnaissances sont organisées. Le bataillon marche à travers Blangy, avec 50 mètres entre chaque section et suit la route choisie à travers les champs, en formation d’artillerie., jusqu’à l’orée du bois de Blangy, où il arrive à 16 heures. Le bivouac est principalement constitué de petits tranchées couvertes de branchages, et de quelques tentes.
A 19:50 arrivent des ordres datés de 18 :45, donnant les instructions d’une contre-attaque sur Villers-Bretonneux. L’attaque débute à 22 heures. La distance à parcourir est de 4000 yards, et de 3000 pour le bataillon de réserve (le 50ème). A 20 heures, les commandants de compagnies reçoivent verbalement leurs ordres et une copie d’une carte montrant les objectifs. Leur attention est attirée sur le fait qu’ils doivent s’attendre à être engagés par des mitrailleuses sur leur flanc gauche, dans le bois d’Aquenne.
Le bataillon quitte le bois de Blangy à 21 :30, marchant en file. L’arrière du 52ème est visible devant. Un bataillon de la 53ème brigade marche en parallèle sur la droite du 50ème bataillon. D’autres formations sont autour. La route est encombrée.



Le bataillon attaquant semble être parti un peu en retard.  Au passage du bois d’Aquenne, le 50ème est la cible de tirs de mitrailleuses venant de sa gauche (Bois d’Aquenne) et aussi de la droite, depuis le Hangar Wood.



 

J06242
Si l’instant et le lieu précis où le soldat Stribling est blessé n’est pas connu, on peut supposer que c’est entre le bois d’Aquenne et la gare de Villers-Bretonneux qu’il fût touché. Blessé au cou et jambes, il est ramené à Blangy-tronville, où il est pris en charge par le 24th field ambulance. Il meurt 4 heures après avoir été blessé, soit le 25 avril. Son dossier militaire précise GSW multiple, c'est-à-dire qu’il a été touché de multiples balles. Un autre élément de son dossier précise qu’il s’agit de blessures aux jambes.

 

Lest We Forget

 

 

 

 

 


 Petit Kangourou


N°60, 15 avril 2018

Chers lecteurs du marsupial bondissant,

60 minutes, c’est une heure, mais cette heure, c’est des centaines d’heures de travail, dimanche après dimanche.

Depuis janvier 2017, nous avons parcouru une grande partie du monde, en riant. Depuis décembre (n°40), j’ai pris la main d’Arthur Clifford Stribling afin qu’il puisse raconter ce qu’il a probablement vécu de son engagement, en juillet 1916, au dernier jour de sa vie, en avril 1918, à Blangy-Tronville.

Pour en arriver là, je suis parti de son dossier militaire, librement consultable sur internet à l’adresse suivante : https://recordsearch.naa.gov.au/SearchNRetrieve/Interface/ViewImage.aspx?B=8094603

Le dossier fournit des renseignements sur son physique, son état de santé, ses déplacements successifs. Grâce aux nombreuses pièces qui le constituent, j’ai obtenu une bonne trame de départ que j’ai complété grâce au journal de marche de son unité, le 50ème bataillon d’infanterie. Vous pouvez le consulter sur internet : https://www.awm.gov.au/collection/C1339165  sans oublier qu’il a été rédigé, jour après jour, par des officiers, parfois au plus près du front, parfois sous les tirs d’artillerie. La lecture et la traduction sont quelques fois difficiles. L’utilisation d’acronymes ne facilite pas la tâche et j’ai dû solliciter l’aide de correspondants australiens.

La plupart des photos utilisées proviennent du site internet de l’Australian War Memorial, qui est une extraordinairement belle chose, tant son contenu est unique au monde. Ces photos sont libres de droits, tant qu’il n’est pas fait d’utilisation commerciale de leur reproduction.
J’avoue, et j’espère que les auteurs me le pardonneront, que j’ai piqué quelques très rares photos sur des sites internet, que j’ai essayé de citer à chaque fois.

J’ai aussi parcouru des dizaines de pages de noms de soldats australiens afin de trouver ceux qu’Arthur (j’ai l’impression de le connaître et de pouvoir l’appeler par son prénom) aurait pu rencontrer au camp Mitcham, ou sur le bateau. Ils ont bien existé, et les détails donnés sur eux sont véridiques.

Les détails sur la photographie dans la vie d’un soldat sont justes, mais je ne sais pas si cela intéressait réellement Arthur ou son frère, ni même si l’un ou l’autre possédait un appareil.

Lors des premières recherches faites il y a trois ans, j’avais déjà pas mal d’informations, dont certaines ont servi pour l’album illustré, mais certaines n’apparaitront ni dans l’album, ni dans les lettres. J’avais ainsi la liste des effets personnels retournés à la maman d’Arthur, mais qui n’arrivèrent jamais à destination, le bateau les transportant ayant été coulé (au passage, j’ai le nom du bateau, et la position de son épave). Seule une bible, oubliée et envoyée par un autre bateau, est arrivée à Tarlee.

La belle et triste histoire qui prend fin aujourd’hui se poursuivra en fin de semaine prochaine, par des rencontres que j’imagine toutes aussi belles et joyeuses.

De nouvelles amitiés vont se nouer. Pour moi, c’est déjà fait, avec une grande partie d’un sympathique village de la Somme, mais aussi avec quelques correspondants australiens rencontrés par le miracle de l’internet et qui m’ont apporté de l’aide sur des points difficiles à comprendre pour un français. Nick Smyth et Patrick Kelleghan sont des historiens amateurs, ils ne seront pas avec nous pour le 22 avril et je crois qu’ils le regrettent beaucoup, nous aussi.

Une petite anecdote pour vous faire comprendre l’état d’esprit des Australiens au sujet du souvenir des vétérans. Au moment où je commence à expliquer dans une des minutes, ce qu’est le YMCA, Patrick me dit qu’A.C ; Stribling, d’après la liste de ses effets disparus, possédait un Wallet du YMCA. Ne comprenant absolument pas ce que c’était, Patrick me montre sur Ebay une annonce de vente d’un YMCA wallet de la première guerre mondiale, ayant appartenu à un soldat australien. Par quelque hasard de l’histoire, le portefeuille se trouvait au Canada. Quelques semaines plus tard, je le découvrais, très surpris, dans ma boîte à lettre.

Il y a aussi Russell Patterson, que je connais parce que nous avons une passion commune (rien à voir avec l’histoire militaire). Russell, bien que non francophone, lit toutes les minutes depuis le n°1, ce qui donne lieu à de nombreux échanges de mails, que ce soit au sujet de Coober pedy ou des animaux australiens.  Russell est aussi très généreux pour la préparation de nos commémorations. C’est à lui que nous devons l’arrivée de nouveaux emporte-pièces pour gâteaux, d’un drapeau australien tels qu’il existait en 1918, d’un drapeau Euréka (que nous ne pourrons exposer le 22 avril) et de beaucoup beaucoup plus.

Merci à tous, merci à ma famille qui me voyait disparaître tous les dimanches après-midi (et plus) lorsque je prenais la plume d’Arthur Clifford face à un écran vide.

Allez, je remets mon stylo dans ma poche, qui s’est remplie de tant de choses depuis trois ans…

 



Reproduction du texte non autorisée sans autorisation préalable

Photos : DR / Internet / AWM